Côté Parent

Violences éducatives et loi anti-fessée: mon avis…

ça y est !

Dans la nuit du 29 au 30 novembre 2018 après de longues délibérations, l'interdiction de faire usage des violences éducatives de toutes sorte a été votée par l'assemblée nationale.

L'entrée en audition de cette proposition de loi visant à interdire les violences éducatives ordinaires: fessée mais aussi cris et tout autre châtiments corporels était annoncée le 15 Novembre dernier.

L'idée étant de faire entrer cette interdiction dans le Code Civil donc sans sanction pénale. Un acte plutôt symbolique et pédagogique, donc.

Cette volonté de l'Etat n’était pas nouvelle puisque le premier spot de prévention sur les violences éducatives voyait le jour en 2013 suscitant déjà un engouement d'une grande vivacité de la part des français devant lequel la campagne a été abandonnée.

Quelques années plus tard, en 2016, c'est l'ONU qui rappellait la France à l'ordre en lui demandant l'interdiction par la loi des violences éducatives.

Cette interdiction devait être intégrée au projet de loi égalité et citoyenneté mais fut retoquée par le Conseil Constitutionnel en Janvier 2017... Nouveau tollé sur la toile, de la part des anti-fessée cette fois ci.

En Mars 2018, Agnes Buzin, Ministre de la Santé, annonçait son soutien pour une autre proposition de loi visant à interdire les violences éducatives ordinaires afin d'inscrire dans le code pénal le droit pour les enfants à une éducation sans violence.

Et c'est donc mi Novembre que cette fameuse loi a été étudiée, pour être enfin adoptée en première lecture par l'assemblée. Si au bout du parcours législatif (elle doit encore être validée par le sénat) la loi contre les violences éducatives est effective, la France serait  le 55eme pays à interdire ces pratiques.

Ce qu'il se passe ailleurs

En Europe, les violences éducatives sont interdites dans la grande majorité des pays puisque les seuls pays de l'Union à n'avoir pas légiféré là dessus restent la République Tchèque, l'Italie, la Slovaquie, la Belgique et le royaume Uni (soit 5 pays sur 28....).

C'est la Suède qui détient le record de longévité de cette législation contre les VEO puisque les violences éducatives y ont été interdites  dés 1979 soit très prochainement 40 ans, soit quasiment deux générations.

Hors si aujourd'hui de nombreux documentaires montrent une image positive de l'éducation Suédoise (tel que le fabuleux Même Qu'on naît Imbattables ), lorsque l'on fouille un peu ça n'a pas toujours été si simple.

En effet, en Suède, toute forme de violence éducative physique, verbale ou morale a été brusquement interdite en 1979. Cependant, l’imprécision de cette loi LVU a laissé une faille donnant tout pouvoir aux services sociaux  et un sentiment d'abdication de leur autorité aux adultes.

Cette situation à généré de nombreuses dérives parmi lesquelles une augmentation fulgurante de la délation, des placements abusifs d'enfants, des parents désemparés ayant peur d'appliquer une discipline à leurs enfants et, bien sûr, un phénomène d'augmentation d'"enfants rois" et des violences juvéniles sur les 20 premières années (sources).

A mesure des années, de nombreuses adaptations de cette loi et de ses corollaires ont été promulgués afin de favoriser les relations familiales et de donner toutes les chances aux relations enfants-adultes d'être respectueuses de chacun.

La suède est aujourd'hui le pays où le congé parental rémunéré est le plus long permettant aux familles d'installer une relation saine et forte entre ses membres. L'écart salarial est parmi les plus bas permettant aux deux parents de s'investir à part égale dans l'éducation des enfants. Pouvoir a été rendu aux éducateurs et enseignants d'agir pour maintenir un cadre de travail décent (confiscation des objets pouvant déconcentrer l'enfant, retenues en cas de comportement nuisible à l'ambiance de la classe, etc..). Les parents bénéficient d'un accompagnement à la parentalité... (source)

"Ni pour ni contre, bien au contraire"

La réussite de l'interdiction de la VEO en Suède aujourd'hui est donc la résultante d'une politique familiale réfléchie, complète et cohérente.

Si je suis absolument convaincue que les violences éducatives doivent être bannies de la vie des familles et que je me réjouie de ce premier pas vers une éducation respectueuse,  je ne peux m’empêcher de tempérer en pensant qu’ aujourd’hui, en l'état de la politique française envers les familles, cette "loi anti - fessée" est une injonction supplémentaire qui plane sur les parents d'où ce tollé quasiment général puisque 85% des français s'y opposent.

En effet, si je suis pour une législation contre les violences éducatives, force est de constater que rien n'est fait, officiellement, pour apporter des alternatives et un cadre sain pour l’éducation des enfants. Et ce ne serait pas la première fois qu'une législation "pour le bien commun" soit un échec dans son but annoncé faute d'alternatives concrètes.

La division du congé parental obligatoire entre les deux parents en est un exemple frappant... Cette législation annoncée pour ne plus pénaliser les femmes dans leur carrières et favoriser l'égalité et la parité dans l'éducation des enfants s'est, au vu des écarts salariaux, bien souvent en faveur des pères, muée en diminution pure et simple du congé parental.

De nombreuses familles ne peuvent se passer du revenu le plus important, celui du parent qui n'a pas pris les deux premiers tiers du congé, le congé s'arrête donc aux deux ans de l'enfant au lieu des trois ans.

Une pénalisation substantielle des parents, souvent les mères, a également été relevée: faute de mode de garde aux 2 ans de l'enfant (le ratio actuel étant de 25 places d'accueil tout confondu pour 100 enfants) les parents en congé se voient obligés de démissionner pour garder leur enfant jusqu'à l'âge d'entrée à l'école.....

Que font les politiques ? Où sont les rectifications nécessaires à l'obtention de l'objectif souhaité et annoncé ? nulle part... Les économies sur le congé parental les ont sans doute éclipsées...

Des propositions à faire en amont

Aujourd'hui tout est donc fait pour que les parents passent le moins de temps possible avec leurs enfants et aucune politique familiale n'est mise en place pour favoriser les alternatives.

Que donnera cette interdiction de la fessée et autres veo dans ce contexte ?  Pensons nous réellement convaincre les 85% d'opposants à la disparaition de la fessée avec une phrase dans le code civil ? Allons nous faire comme les pays nordiques aux débuts de ces législations sans prendre en considération leur expériences sur les résolutions de leurs erreurs premières et devoir attendre deux générations pour voir enfin des effets bénéfiques ?

Je suis convaincue, par expérience, que le bien être du parent est un prérequis essentiel et indispensable à une éducation apaisée et bienveillante, et à ce titre, il y a de très nombreuses choses à faire pour que le rôle de parents reprennent ses lettres de noblesse et soit moteur d'une éducation consciente et non violente...

S'il est indispensable de statuer clairement sur la VEO en France, j'espère que l'Etat ne s'en tiendra pas à une simple motion dans le code civil mais mettra en place les moyens nécessaires à la volonté annoncée d'offrir aux enfants une éducation respectueuse en prenant exemple sur les politiques familiales des pays où l'interdiction des VEO est une réussite.

Pour ma part, c'est donc une victoire en demi teinte qui tient plus du symbolique et de la communication que d'une véritable action.

Espérons que les choses seront faites dans le bon sens pour une fois...

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